L’usure professionnelle et les problèmes de santé au travail sont des réalités qui peuvent fragiliser tant les salariés que l’organisation elle-même. La Prévention de la Désinsertion Professionnelle (PDP) est un processus global visant à éviter qu’un salarié ne perde son emploi en raison de son état de santé.
Pour bien comprendre l’enjeu, il faut aujourd’hui parler de PDUP (Prévention de la Désinsertion et de l’Usure Professionnelle). Pourquoi ? Parce que la désinsertion est souvent le stade ultime d’un processus d’usure qui s’est installé silencieusement. Là où la PDP agit pour réparer une trajectoire de rupture (souvent pendant l’arrêt), la prévention de l’usure agit en amont, sur le travail quotidien, pour éviter que la santé ne se dégrade.
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Comprendre la désinsertion professionnelle
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Un processus, une trajectoire d’exclusion
C’est le processus qui conduit un salarié à perdre son emploi ou à s’éloigner durablement du monde du travail pour des raisons de santé (maladie chronique, handicap, accident, usure précoce ou burn-out).
Ce n’est pas un événement brutal, mais souvent une trajectoire d’exclusion que l’on peut décomposer en trois temps :
🔖 La phase de fragilisation (les signaux faibles)
Le salarié est à son poste, mais sa santé commence à être incompatible avec ses missions. Pour un dirigeant de structure, cela se traduit par :
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Une baisse de productivité inexpliquée.
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Des difficultés à réaliser certains gestes.
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Une fatigue accrue ou un changement d’humeur (irritabilité).
🔖La phase de rupture (l’arrêt de travail)
L’absence se prolonge. Plus l’arrêt est long, plus le risque de désinsertion est élevé : les statistiques montrent qu’après 6 mois d’arrêt, les chances de reprise au même poste chutent drastiquement. C’est ici que le « maintien du lien » dont nous parlions est vital.
🔖L’exclusion (l’inaptitude)
C’est le stade final : le médecin du travail prononce une inaptitude parce que le poste (ou l’entreprise) n’est plus adapté à l’état de santé, et qu’aucune solution de reclassement n’a pu être anticipée.
Pourquoi est-ce un enjeu majeur ?
🔖 À l’échelle individuelle : L’enjeu du parcours de vie
Pour le salarié, la désinsertion n’est pas qu’une perte d’emploi, c’est une rupture sociale.
- Santé et psychologie : Risque de dépression, perte d’estime de soi et sentiment d’inutilité.
- Identité : Le travail est un vecteur d’identité fort. En perdre l’accès, c’est perdre son statut social.
- Économie : Baisse de revenus, précarisation et difficulté à se projeter dans une seconde partie de carrière ou une reconversion.
- Employabilité : Plus l’arrêt dure, plus le retour est difficile (perte d’habitudes de travail, obsolescence des compétences).
🔖À l’échelle collective : L’enjeu de la cohésion et du climat social
Dans une équipe, la désinsertion d’un collègue ne laisse personne indifférent.
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Surcharge de travail : Les collègues restants doivent souvent absorber la charge de travail, ce qui génère une nouvelle usure professionnelle par « effet domino ».
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Sentiment d’insécurité : Voir un collègue « disparaître » des radars après un problème de santé peut créer une inquiétude sur la capacité de l’entreprise à protéger les siens.
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Désorganisation : Rupture des flux de travail, perte de repères collectifs et potentielle dégradation de l’ambiance de travail.
🔖 À l’échelle de la structure : L’enjeu de robustesse
Pour le dirigeant de structure, c’est un risque stratégique majeur.
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Perte de capital immatériel : Départ des savoir-faire, de l’expérience et de la « mémoire » de la structure.
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Coûts directs et indirects : Frais de remplacement, temps passé au recrutement et à la formation, hausse des cotisations AT/MP, désorganisation administrative.
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Responsabilité employeur : Risque juridique (obligation de sécurité) et impact sur la marque employeur (attractivité).
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Dialogue social : La gestion de ces situations est un test pour la qualité du dialogue social interne.
🔖 À l’échelle de la société : L’enjeu de santé publique et d’économie nationale
C’est un défi pour notre modèle social.
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Coût pour la solidarité nationale : Financement des indemnités journalières, des pensions d’invalidité et des dispositifs de compensation du handicap.
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Inclusion : Risque d’augmentation du nombre de personnes exclues du marché du travail, à contre-courant des politiques de « plein emploi ».
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Santé publique : Prévenir la désinsertion, c’est éviter que des pathologies liées au travail ne se transforment en handicaps durables pour une partie de la population active.
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Agir concrètement pour prévenir la désinsertion professionnelle
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Adopter une approche collective et organisationnelle
Historiquement, la prévention de la désinsertion professionnelle a souvent été abordée sous l’angle individuel des problèmes de santé. Cependant, il est crucial de passer d’une approche par le prisme « santé » individuelle à une approche « travail » plus globale et collective.
L’approche collective organisationnelle suppose d’agir sur :
📌 L’évaluation des risques professionnels en collectif : C’est le socle de la démarche. Évaluer les risques ne doit pas être un exercice solitaire de l’employeur, mais une réflexion partagée avec les salariés. Ce sont eux qui détiennent l’expertise sur le « travail réel ». En identifiant ensemble les situations de travail pénibles ou usantes, on transforme le DUERP en un véritable outil de diagnostic de l’usure, alimenté par le dialogue.
📌 Les situations de travail et les collectifs de travail : Agir sur le groupe pour que l’entraide et l’organisation collective deviennent des remparts contre l’isolement d’un salarié en fragilité.
📌 Le management, en formant et sensibilisant les managers : Pour qu’ils deviennent des facilitateurs de ces échanges collectifs sur le travail.
📌 La reconnaissance que la vulnérabilité est humaine : Permettre aux collaborateurs d’adapter leurs façons de travailler sans crainte du jugement, en s’appuyant sur la solidarité de l’équipe
📌La Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT) comme levier global : Faisant le lien entre conditions de travail, d’emploi, dialogue social et parcours professionnels. Une amélioration pour un individu en fragilité, co-construite avec le collectif, finit par être bénéfique pour tous
L’approche collective et organisationnelle suppose d’impliquer le CSE (Comité Social et Économique) : Il est votre partenaire. Dans sa mission de santé, sécurité et conditions de travail, il dispose d’un droit de regard sur le DUERP et sur la politique de prévention. Les élus, par leur connaissance fine du terrain, remontent les situations d’usure collective.
💡Il est essentiel de lutter contre l’exclusion et de concevoir des situations de travail soutenables par tous et dans la durée. Cela passe par une réflexion globale sur l’organisation du travail, nourrie par l’expérience des salariés, afin de réduire ou d’alléger les contraintes tout en augmentant les ressources pour y faire face.
Les acteurs de la Prévention de la Désinsertion et de l’Usure Professionnelle
Pour agir efficacement sur la Prévention de la Désinsertion et de l’Usure Professionnelle (#PDUP), il est rare de pouvoir agir seul. L’enjeu, lors de mes interventions, est de faire travailler ensemble des acteurs internes et externes pour sécuriser le parcours du salarié.
🔖 Les acteurs internes : le cœur du dialogue professionnel
Dans une petite structure, ce sont eux qui captent les signaux faibles et initient la démarche.
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L’employeur / Le dirigeant : Il est le premier responsable de la santé et de la sécurité. Son rôle est de donner l’impulsion, de valider les aménagements et de maintenir le lien avec le salarié en arrêt.
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Le manager de proximité : C’est lui qui constate l’usure au quotidien (difficultés sur un poste, fatigue). Il est indispensable pour adapter l’organisation réelle du travail.
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Le salarié compétent : S’il existe, il fait le pont entre la direction, le salarié et les experts externes.
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Le CSE (Comité Social et Économique) : Dans sa mission de santé/sécurité, il remonte les situations d’usure collective et participe à la réflexion sur l’aménagement des postes.
🔖Les acteurs de santé : le conseil médical et technique
Ils apportent l’expertise nécessaire pour évaluer la compatibilité entre l’état de santé et le poste.
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Le médecin du travail : Acteur pivot, il décide des aptitudes, propose des aménagements et préconise les dispositifs de PDP.
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L’équipe pluridisciplinaire du SPST (Service de Prévention et de Santé au Travail) :
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L’ergonome : pour adapter techniquement le poste.
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Le psychologue du travail : pour les situations de souffrance psychique ou d’usure mentale.
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L’infirmier en santé au travail : pour le suivi régulier et les entretiens de santé.
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La Cellule PDP du Service de Santé : De nombreux SPST ont désormais des cellules dédiées qui coordonnent les situations complexes dès le 30ème jour d’arrêt.
🔖 Les partenaires externes : l’appui au maintien dans l’emploi
Ils interviennent pour mobiliser des aides financières ou des dispositifs de reconversion.
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L’Assurance maladie (CPAM / CARSAT) : Elle intervient notamment via le service social pour accompagner le salarié en arrêt long et financer certains dispositifs (essais encadrés).
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Cap Emploi : C’est l’acteur de référence pour le maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap (ou en voie de le devenir). Ils apportent des conseils et des financements (via l’AGEFIPH) pour adapter les postes.
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La DREETS : Pour le cadre réglementaire et le soutien aux politiques de prévention de l’usure.
Maîtriser les outils et dispositifs de la Prévention de la Désinsertion et de l’Usure Professionnelle
La loi santé au travail de 2021 a considérablement enrichi l’arsenal à disposition des employeurs pour agir précocement. Bien utilisés, ces dispositifs permettent de transformer une situation de rupture potentielle en un parcours de maintien sécurisé.
🔖 Le rendez-vous de liaison : l’outil du dialogue retrouvé
C’est sans doute l’innovation la plus utile pour la proximité employeur-salarié.
C’est quoi ? Un échange entre l’employeur et le salarié (pendant l’arrêt de travail de plus de 30 jours), associé au service de prévention et de santé au travail.
L’objectif : Maintenir le lien et informer le salarié qu’il peut bénéficier de mesures de prévention (aménagements, formation).
Le conseil en + : Ce n’est pas un entretien médical ni managérial. C’est un espace de co-construction pour dire au salarié : « On prépare votre suite avec vous »
🔖 La visite de pré-reprise : anticiper pour ne pas subir
C’est quoi ? Une visite avec le médecin du travail réalisée pendant l’arrêt de travail.
L’objectif : Évaluer si le retour au poste est possible en l’état ou s’il faut prévoir des adaptations.
Le conseil en + : Encouragez vos salariés en arrêt long à la solliciter. Elle permet d’éviter le « couperet » de l’inaptitude le jour de la reprise officielle.
🔖 L’essai encadré : tester sans risque
C’est quoi ? Un dispositif qui permet au salarié, pendant son arrêt, de revenir tester son poste (ou un nouveau poste) sur une courte période (max 14 jours).
L’objectif : Vérifier concrètement la compatibilité de l’état de santé avec les tâches réelles.
Le conseil en + : C’est une sécurité pour tout le monde. Le contrat reste suspendu, le salarié conserve ses indemnités journalières, et l’employeur n’a pas de charge salariale sur cette période.
🔖 La convention de rééducation professionnelle en entreprise (CRPE)
C’est quoi ? Un contrat tripartite (Employeur / Salarié / CPAM) pour permettre au salarié d’apprendre un nouveau métier ou de se réadapter à son poste via une formation pratique.
L’objectif : Favoriser une reconversion interne quand le poste initial est devenu totalement incompatible.
Le conseil en + : C’est l’outil idéal pour valoriser la transmission de savoir-faire interne et garder une compétence clé dans l’entreprise sous une autre forme.
🔖 La visite médicale de mi-carrière : le « check-up » de l’usure
Instaurée par la loi de 2021, elle est le pivot de la prévention de l’usure professionnelle.
C’est quoi ? Une visite médicale obligatoire organisée durant l’année des 45 ans du salarié (ou selon l’accord de branche).
L’objectif : Évaluer l’adéquation entre le poste de travail et l’état de santé, tout en tenant compte des risques d’usure professionnelle.
Le conseil en + : C’est le moment idéal pour ouvrir un dialogue sur la seconde partie de carrière. Pour l’employeur, c’est un outil d’anticipation qui permet d’identifier les besoins d’aménagement bien avant que l’inaptitude ne menace.
🔖 Le Projet de Transition Professionnelle (PTP) : sécuriser la reconversion
Anciennement « CIF », il permet de changer de métier sans rupture de parcours.
C’est quoi ? Un dispositif permettant au salarié de s’absenter de son poste pour suivre une formation certifiante en vue de changer de métier, tout en conservant sa rémunération.
L’objectif : Permettre une reconversion professionnelle quand le maintien au poste actuel (ou dans l’entreprise) devient impossible à terme pour des raisons de santé.
Le conseil en + : Dans le cadre de la PDUP, on parle souvent de PTP « Inaptitude ». Il permet d’anticiper un risque d’inaptitude en formant le salarié à un nouveau métier compatible avec sa santé. C’est une solution gagnant-gagnant : le salarié rebondit et la structure gère une transition digne et responsable.
En synthèse, maîtriser la PDUP pour une organisation, c’est savoir faire dialoguer ces outils avec l’évaluation des risques présente dans le DUERP.

Conclusion
La Prévention de la Désinsertion et de l’Usure Professionnelle ne doit plus être perçue comme une gestion de crise subie au moment d’un avis d’inaptitude. C’est, au contraire, une démarche de co-construction qui replace le travail réel au centre des discussions.
En acceptant de regarder l’usure professionnelle en face, en s’appuyant sur un DUERP vivant élaboré avec le collectif, et en maîtrisant les outils de maintien du lien, la structure crée un environnement de travail soutenable. Pour le dirigeant, l’enjeu dépasse largement la conformité : il s’agit de sécuriser les compétences clés, de stabiliser le climat social et de renforcer la robustesse de son organisation.
Accompagner un salarié vers le maintien dans l’emploi ou une reconversion digne, c’est protéger son parcours de vie tout en envoyant un signal fort de respect et de pérennité à l’ensemble de vos équipes.
Et chez vous, quelle est la maturité de votre dialogue sur la santé ? Votre Document Unique est-il un outil de prévention de l’usure ou une simple archive administrative ?
RH IN SITU vous accompagne pour transformer ces enjeux de santé en véritables opportunités de dialogue et de robustesse. Parlons-en.